Education assistée par ordinateur

NOUVELLES  TECHNOLOGIES

ET AUTISME

23 Juin 1994

P. Tréhin

RESUME

Contrairement à bien des idées reçues, plus un ordinateur est puissant  et  dispose  de  fonctions sophistiquées, plus il peut être facilement adapté à des utilisateurs non spécialisés. Les technologies avancées de l'informatique permettent aujourd'hui  de proposer   des   programmes   éducatifs  d'une  très  grande  richesse pédagogique, à la portée des personnes autistes et propres à les faire progresser dans leurs apprentissages. Elles ont toutefois leurs limites, en partie dues à des  facteurs  proprement technologiques et en partie dues à des facteurs humains.

INTRODUCTION

Il y a quelques années encore, l'idée de faire utiliser l'ordinateur par des personnes autistes pouvait sembler  saugrenue. L'ordinateur était  réservé  à  une  élite, en fait une élite scientifique et technique. Il y avait principalement deux raisons à cet état de fait :

  1.  Il s'agissait d'une technologie chère, que l'on  réservait  à  des utilisations importantes d'un  point  de vue scientifique ou rentables d'un point de vue industriel.

  2.  Il  s'agissait  d'une technologie complexe que seuls des spécialistes pouvaient maîtriser.

Dans les dix dernières années, avec l'explosion du marché de la micro informatique, les prix ont baissé de plusieurs ordres de grandeur. Dans le même temps les performances, autorisant une meilleure facilité d'utilisation, ouvraient des champs d'applications de l'informatique abordables par tous.

Mais de manière surprenante, plus on va  vers des utilisateurs non spécialistes, plus il semble qu'ils aient besoin de possibilités sur leur  ordinateur. N'étant  pas préoccupés par des contraintes technologiques, ils demandent toujours plus à l'ordinateur et face à ces demandes des utilisateurs, les informaticiens doivent inventer  de nouvelles méthodes, proposer de nouvelles technologies. La   demande des utilisateurs pour une plus grande simplicité d'interaction avec l'ordinateur a amené à des solutions que même les plus grands spécialistes de l'informatique n'entrevoyaient pas il y a dix ans à peine[1].

Cependant,  des  technologies  abordables financièrement et facilement utilisables techniquement  ne  sont  pas  nécessairement  des  raisons suffisantes  en  elles-mêmes pour vouloir les utiliser. Encore faut il qu'elles soient capables de répondre à  des  besoins  spécifiques  des personnes concernées.

Dans  le  domaine  du  handicap  mental en général, et de l'autisme en particulier,  l'ordinateur   a   été   principalement   utilisé   pour l'éducation, alors que dans d'autres types de handicaps, sensoriels ou physiques,  la  principale  utilisation  a  été de compenser certaines incapacités, sous forme de prothèses informatiques : par exemple,  la synthèse  de  la  parole  par ordinateur, pour permettre aux personnes aveugles de lire des textes imprimés ou pour permettre à des personnes ayant des troubles de la parole de taper un texte  qui  sera  prononcé par la suite par un haut-parleur.

Dans  le cas de l'autisme, on reste gêné à l'idée de prothèse mentale, soit par manque d'imagination (que pourrait  on  compenser  au  niveau mental?)  soit  pour  des raisons morales (la pensée humaine n'accepte pas de prothèses). Pourtant, pour reprendre l'exemple de la synthèse de  la  parole,  une personne  autiste  n'ayant  pas  acquis  les mécanismes de la lecture, pourrait avoir accès à de nombreuses informations ou  distractions  du domaine  écrit  grâce  aux  programmes traduisant du texte imprimé en langage oral. Y aurait-elle moins droit qu'une personne aveugle?

Je vais essayer de présenter ici quelques possibilités  des  technologies   informatiques   les  plus  avancées  et  ce  qu'elles  ont,  en particulier, à apporter aux personnes autistes.

On n'insistera cependant jamais assez sur  la  nécessité  de  toujours commencer  par  l'élaboration  d'un  programme éducatif classique dans lequel  viendra  s'insérer  un  programme  d'éducation  assistée   par ordinateur.

Dans  le  cas  de  programmes non spécifiquement éducatifs, destinés à compenser les incapacités mentales, on devra aussi toujours  garder  à l'esprit qu'une connaissance approfondie des capacités, des besoins et des désirs de la personne peut seule permettre la réussite.

Ces technologies nouvelles  entrent de plus en plus dans la vie courante, il est donc très important de  familiariser les personnes autistes à leur utilisation si l'on ne veut pas les sur-handicaper dans un futur proche. Les  technologies  nouvelles telles que l'informatique et les  télécommunications,  peuvent  constituer, au sens propre du terme, un facteur handicapant. En  effet, elles peuvent être un   facteur d'exclusion  sociale  si  elles  ne sont pas adaptées ou tout au moins adaptables  aux  besoins   des   personnes  ayant des  difficultés intellectuelles, même relativement légères.

Dans un article non spécifique à l'autisme, Yves Lasfargue[2] estime que le risque de nouvelles exclusions pourrait toucher jusqu'à 30 %  des actifs. Il est évident que pour  les  personnes  autistes,  ayant  déjà  bien  des  difficultés  à  s'intégrer  socialement, qu'une telle  évolution ne saurait que les rejeter  encore  plus  du  milieu  social  ordinaire.

Dans le milieu des études prévisionnelles, on dit qu'il n'y rien de pire pour un spécialiste qui a prédit des événements désastreux, que de voir sa prédiction réalisée. Ces prédictions quand aux possibles effets négatifs des technologies  nouvelles, en particulier pour les personnes handicapées mentales, sont elles inéluctables?

En  fait, bien comprises, ces technologies nouvelles peuvent apporter, au moins en partie, des solutions aux  problèmes  qu'elles ont  elles  même  contribué  à  créer.  On pourra ici encore élargir au domaine de l'autisme les conclusions d'Yves Lasfargue en  avançant  la  nécessité d'"adapter  les technologies à l'homme et en formant ce dernier à leur usage."

Cela va poser évidemment  des  problèmes  particulièrement  ardus  au niveau du déficit mental, dans un cas comme dans l'autre:

·       Pour adapter les technologies il sera difficile d'obtenir des personnes autistes, en particulier celles non verbales et ayant une déficience mentale, des informations sur ce qu'il faudrait changer pour rendre ces technologies plus conviviales.

·       La formation de ces personnes aux technologies nouvelles pose elle aussi des problèmes énormes, dans la mesure où la lenteur de leurs apprentissages s'accommodera mal de l'évolution rapide  des  technologies.

En  fait, ces technologies pourront être utilisées avec des personnes autistes soit pour leur  éducation,  soit les aider dans leur vie courante. Elles  pourront en bénéficier soit directement soit indirectement.

L'EDUCATION SPECIALISEE ASSISTEE PAR ORDINATEUR (ESAO)

Il y a encore trop peu de bons programmes d'éducation  assistée par ordinateur, qu'il  s'agisse  d'éducation directe ou incidente. Encore trop  fréquemment, ces programmes  sont développés soit  par des spécialistes de l'informatique n'ayant que de vagues notions des besoins des personnes  autistes,  soit  par  des  professionnels  de  l'éducation  spécialisée  qui  n'utilisent  que  très sommairement les  possibilités de l'ordinateur.

Dans une conférence de 1985, je proposais de favoriser la  coopération  entre informaticiens, psychologues et éducateurs spécialisés. Je pense  que  cette  coordination  reste  plus que jamais nécessaire. Les techniques  informatiques  évoluent  tellement  rapidement  que  les   non  spécialistes  seraient en permanence à la poursuite d'une connaissance  technique, sans pouvoir jamais l'utiliser avec les personnes autistes.

Par ailleurs,  la  richesse  de  ces  nouvelles  technologies  devrait  permettre   de  proposer  des  programmes  informatiques  adaptés  aux  programmes éducatifs et non comme c'est souvent le cas des  programmes  éducatifs adaptés aux contraintes informatiques...

Je pense que cette coopération doit surtout se faire au niveau des  modules éducatifs de base, pour laisser aux  seuls  professionnels de l'éducation spécialisée la maîtrise de leur utilisation  dans un programme éducatif global individualisé.

Voyons ce que pourrait être un environnement d'ESAO en 1994.

LA STATION DE TRAVAIL MULTI-MEDIA

Comme je le disais plus haut, les utilisateurs, toujours plus gourmands de fonctions nouvelles  ont  amené les informaticiens à inventer le concept d'ordinateur multi-média, c'est à dire un ordinateur  capable de traiter différents types de représentations de l'information : texte, graphique, image, son,   parole et toute combinaison de ces représentations sous forme de vidéo interactive.

On imaginera aisément le potentiel éducatif d'une telle technologie, spécifiquement pour des personnes autistes. En  effet, on  pourra utiliser les possibilités vocales pour donner les explications, ces  dernières peuvent être renforcées par un texte  écrit  pour  ceux  qui commencent à apprendre à lire, ou par des images illustrant le propos, l'un n'excluant pas l'autre.

Face aux difficultés d'abstraction de certaines personnes autistes, la qualité  des  images  obtenues  sur  les  écran  modernes est propre à faciliter la reconnaissance des objets ou sujets sur  l'écran et de favoriser ainsi l'établissement de la relation avec le réel. Il en va de même pour les sons, qui peuvent rivaliser avec les meilleures techniques de reproduction.  Image  et  son  utilisés  en  coopération permettent des exercices extrêmement riches et variés.

L'utilisation d'un clavier ou même d'une  "souris"  peuvent,  tout  au moins  dans  un  premier  temps  ou  avec des personnes très gravement handicapées, poser le problème de la relation entre ce qui se passe  à  l'écran  et  ce  qu'ils  font  sur le clavier ou avec la souris.  A ce  niveau, en général, il ne s'agit que de faire se déplacer sur  l'écran un symbole, que l'on appelle curseur, pour le faire coïncider avec une zone  particulière  de l'écran où se trouve soit la bonne réponse soit une action désirée.

Il sera alors préférable d'utiliser un  écran  tactile  ou  un  crayon  lumineux.    On  pourra,  de cette manière, par exemple, présenter une  leçon illustrée d'images et de sons, poser des questions  verbalement, attendre  une  réponse  obtenue en pointant du doigt ou avec le crayon optique, sur une zone programmée à l'avance sur l'écran.

Le poste de travail multi-média utilise des  textes,  des  graphismes, des images et des sons qui peuvent être pré-enregistrés et répertoriés  dans   l'ordinateur,   mais   qui  peuvent  également  être  créés  et  sauvegardés dans l'ordinateur par l'utilisateur.

D'une  manière  surprenante,  ce  ne sont ni la création de l'image ni  celle du son qui posent de problèmes,  en  effet,  une  simple  caméra  vidéo  et  un  micro  permettent d'enregistrer images et sons[3], ces  derniers sont transformés de manière utilisable par  l'ordinateur  par  une carte électronique que je ne m'attarderai pas ici à décrire.

La  création  de  graphismes,  elle non plus, ne pose pas de problèmes  majeurs tout au moins si l'on s'en tient à un  graphisme  relativement  simple.  Mais  il  existe  des  ensembles de programmes graphiques qui  permettent une créativité extraordinaire.

La création de texte demande toujours, pour le  moment,  l'utilisation  du  clavier, en effet, autant la synthèse de la parole est devenue une  réalité, autant la reconnaissance de la parole reste encore du domaine  des ordinateurs professionnels. Encore un domaine où les  applications  attendent  que  la technologie fasse baisser les prix...  En effet, on  imagine sans peine l'intérêt de la transcription de la parole en texte  écrit pour des personnes ne sachant pas lire ou écrire.

Pour ceux qui ne savent pas  écrire,  en  attendant,  on  pourra  soit  utiliser  des  systèmes  inspirés  du BLISS[4], soit coopérer avec une  personne sachant écrire. Même en utilisant le clavier,  la  production  de texte est facilitée pour une personne autiste, on peut corriger les  erreurs,  réutiliser  des phrases, déplacer des mots, des phrases, des paragraphes, on peut les effacer[5].

D'un  point  de  vue  pédagogique,  cela  amène  à  faire "écrire" une   histoire, soit  par  un  enfant  soit  par  un  groupe  d'enfants,  et  l'illustrer  d'images  et  de sons. Il n'est pas nécessaire d'insister  sur les possibilités pédagogiques que ce type d'équipement apporte.

LES TECHNOLOGIES DE COMMUNICATION

Au delà de l'emploi isolé de techniques de pointe, il devient de  plus en  plus  indispensable  de  pouvoir  communiquer  au travers d'outils modernes. Ce besoin de communication existe à courte  distance,  et  à  longue distance.

A courte distance, on parle parfois aussi de communication locales, il  peut  s'agir de faire passer d'un intervenant … l'autre les programmes  éducatifs sur lesquels travaille un élève, de manière  à  assurer  une  bonne  coordination  des  interventions.  Il  peut  aussi s'agir de se  servir de systèmes de communication  comme  support  pédagogiques,  au  travers  de  jeux  à  distance par exemple. La possibilité de communication entre micro ordinateurs  permet  entre-autre  de  partager  des  logiciels  et  des  fichiers.    Il  peut  enfin s'agir de permettre à  l'éducateur de suivre les enfants et d'intervenir dans le  déroulement  de la leçon à partir de son propre écran.

Il  existe  plusieurs  possibilités  de communiquer localement:   Connections directe, par modem,  par  "réseau  local"  en  anneau  ou  en  grappe.   Je  ne  m'étendrais  pas  plus  longtemps  sur  ces  notions  indigestes dont il suffit de connaître l'existence.

Ces technologies de communication à courte  distance  sont  maintenant capables  de  prendre en compte les besoins des technologies "IMAGE ET  SON" évoquées plus haut, qui sont très gourmandes en moyens de  communication.

A  longue  distance,  la  communication  concernera les professionnels désireux d'échanger des programmes, des méthodes,  des  renseignements  mais  aussi  les personnes handicapées elles mêmes, qui pourront elles  aussi communiquer avec leurs familles, des amis ou  même  apprendre  à  chercher des renseignements dans le MINITEL ou sur Internet.

La communication à distance recouvre en effet  non seulement la communication  de  personne  personne, mais aussi l'accès à des bases de  données publiques, dont le MINITEL n'est qu'un exemple.  Ici aussi, je ne m'attarderais pas sur les aspects techniques  de  ces moyens  de communications. Sachons seulement que au travers d'une simple ligne téléphonique on peut communiquer dans le  monde  entier,  et qu'avec des offres comme NUMERIS, de France TELECOM on peut envisager la communication d'images à relativement grande vitesse. Cela devrait permettre l'échange  fructueux  d'information  entre  les nombreux établissements qui pratiquent l'ESAO.

LES LIMITES DE L'ESAO, MULTI-MEDIA OU PAS

Ces  limites  sont  de  plusieurs  ordres,  théoriques,  pratiques  et  institutionnelles.

MANQUE DE REFLEXION DE FOND SUR L'ESAO

Un des principaux problèmes de l'ESAO, non  seulement de la technologie multi-média, est le manque d'une recherche fondamentale et d'une recherche appliquée sur ses implications   pédagogiques. L'apparition  de technologies de pointes comme les stations de travail multi-média ne sert que de révélateur.

Il existe en effet très peu de publications analysant en profondeur et  de manière scientifique l'impact de ces nouvelles technologies sur  la pédagogie. On  trouve assez souvent des articles affirmant qu'en fait cela ne change rien à la pédagogie sans toutefois apporter les  observations statistiquement représentatives propres à confirmer ces dires.

MANQUE DE BONS LOGICIELS EDUCATIFS

De   ce   point   de  vue  il  me  semble  que  la  coopération  entre professionnels de  l'informatique  et  professionnels  de  l'éducation  spécialisée devrait aboutir à la définition des besoins en  matière de  "langage  auteur",  c'est  à dire de langages informatiques facilitant  l'écriture de cours programmés par des éducateurs, ne nécessitant  pas  un  apprentissage  des techniques informatiques avancées. Ceci devient  de plus en plus urgent avec l'avènement de technologies avancées  dont  les  possibilités  formidables  ne doivent pas cacher la complexité de  mise en oeuvre.

MANQUE DE STANDARDS DE PROGRAMMATION ET DE COMMUNICATION

Une autre limite  est  elle  commerciale  et/ou  institutionnelle,  il  s'agit de l'absence de standards en matière de systèmes informatiques,  en  particulier pour les systèmes d'ESAO, chaque marque d'ordinateur a  son propre mode de mise en  place  des  programmes,  les  langages  de  programmation employés différent d'une marque à l'autre, et même quand  les  langages  sont  les mêmes, des différences apparaissent entre les  modes de lecture de  l'information  (disquettes,  définition  d'écran,  imprimantes différentes, etc.)

Cela  rend  quasiment  impossible la coopération entre utilisateurs de matériels de marque différentes, et parfois même de  même  marque,  en effet,  certains  programmes  appellent  des fonctions qui ne sont pas disponibles sur l'ordinateur récepteur...

Dernier niveau de difficulté dû au manque de standards, il est le plus souvent impossible de combiner des logiciels entre eux en un programme éducatif plus général, quand bien même ils seraient écrits dans un même langage de programmation, pour une même machine, car les  auteurs n'ont pas prévu de points de liaison avec les autres programmes...

Il serait grand temps de créer, au moins au niveau national, un comité de liaison, chargé de proposer un minimum de standardisation au niveau des logiciels utilisés.

 

LA TECHNOLOGIE AU SERVICE DE LA PERSONNE AUTISTE

Les  personnes  autistes ont des déficiences cognitives très variées. Ces déficiences intellectuelles ne doivent pas cacher une très grande richesse affective. De la même manière que les technologies nouvelles ont permis l'expression de ces richesses à des  personnes  handicapées sensorielles ou physiques, elles peuvent le faire pour les personnes autistes, nous en avons vu un exemple dans le domaine éducatif : faire "écrire" une histoire à des enfants ne sachant pas lire ou écrire.

AIDES A LA COMMUNICATION

AIDE DIRECTE A LA PERSONNE AUTISTE

Ici,  il  ne  s'agit  plus "d'écrire" une histoire mais de communiquer  avec d'autres ce que l'on aime, ce qui nous fait souffrir, de partager une joie ou une peine, mais aussi plus prosaïquement, de  demander  un service ou de faire passer une information.

A ce niveau, il peut s'agir d'adolescents ou d'adultes qui auront peut  être  acquis  des  rudiments  de  lecture écriture. Le fait de pouvoir corriger facilement, au besoin de se faire aider par des dictionnaires électroniques leur permet une tranquillité face  à  l'échec  (mauvaise écriture,  mauvaise  orthographe  ou fautes de frappe). Pour faciliter l'utilisation du clavier, en particulier pour les  personnes  autistes ayant des difficultés de coordination motrice, il existe des logiciels

qui  complètent  les mots en cours de frappe, en proposant toujours la possibilité de corriger.  On peut bien sûr reparler des symboles BLISS  et de la possibilité d'envoyer un message qui sera reçu sous forme  de synthèse de la parole si le correspondant ne sait pas lire.

Pour  le  téléphone,  l'apparition  de  cartes  à puces, qui en l'état actuel des choses est plutôt une gène, pourrait  être  un  facteur  de  facilité  de  vie  si on profitait de cette technologie pour mémoriser sur la carte quelques numéros de téléphone importants pour la personne autiste. Il lui suffirait alors d'introduire sa carte dans le poste et   de composer un ou deux chiffres pour obtenir le numéro désiré :      

Par exemple 1 pour la maison

                     2 pour les grands parents

                     3 pour l'établissement

                       etc.

AIDE INDIRECTE

AIDES A LA COMPREHENSION

J'ai  aussi évoqué la lecture par un système de synthèse de la parole. Cette lecture, même illustrée d'images, peut apporter  à  la  personne autiste  des  possibilités d'activités nouvelles, se rapprochant de la lecture par leur mode d'utilisation,  en  ce  qu'elles  permettent  de progresser  à  son rythme, de revenir en arrière, de passer d'un document à un autre, etc.

On pourrait envisager des systèmes d'aide interactive à la compréhension, semblables aux notes explicatives en bas de page, mais ici appelées à la demande de l'utilisateur et surtout agrémentées  d'illustrations par l'image et le son.

Dans un domaine plus pratique, mais pour le moment complètement inexploré, la technologie informatique pourrait  servir  d'aide  à la compréhension  en  matière de  consommation  en offrant aux personnes  autistes  la  possibilité  de   faire appel  à des  explications  supplémentaires, de la même manière que précédemment.

L'apparition de nouveaux moyens de communication comme le minitel, en France, ou  d'autres  services d'information,  dans  d'autres  pays, pourraient  s'avérer  être  une  aide appréciable  pour les personnes handicap‚es mentales, à la condition que des  logiciels  adaptés  leur soient proposés. On peut même envisager l'accès au services au travers  de  micro  ordinateurs  qui prépareraient les interactions à l'aide de  "menus" à choix multiples de manière à ne  connecter  la  ligne  que  lorsque  toute l'interrogation serait prête, ce qui éviterait de payer  une connexion trop longue.

En extrapolant sur les possibilités technologiques, on  pourrait envisager, à l'aide des techniques dites d'intelligence artificielles, d'autres applications qui rendraient à la personne autiste une grande partie de ses facultés à  s'intégrer dans la société et d'y être vraiment une personne à part entière.

  Paul Tréhin

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE:

1. A.  Brightman, Challenging the myth of disability, EDUCOM, USA, V24, N4 Winter 1989 P17-23

2.  Capecchi, V.  Pesce, A.  Schiray, M. New  communication  technologies  in  daily  life: unpredictability and experimentation of use Technol. Inf. Soc. (Canada) Vol.1, No.2 1989 P37-74

3.  Dutton, D.  Baily, P.  Duncanwood, K.  Glicksman, H., Comput.  Access  Center,  Santa Monica, CA, USA,  Parents speak out: how computers are changing and enhancing our children's lives Proceedings of  the  Third  Annual  Conference  'Computer Technology/Special Education/Rehabilitation  1988  P187-93, Northridge, CA, USA 15-17 Oct. 1987

4.  H.Hallworth,  A.Brebner,  C.A.I.  for  the  Developmentally  Handicapped,  Nine Years of Progress, University of Calgary , Canada ,  April 1980

5.  Lewis, R.B.  Lynch, E.W.  Harrison, P.J.  Saba, F.  Dept. of  Special  Educ.,  San  Diego State Univ., CA, USA, Effective classroom practices: what California teachers  say  about  using  technology with handicapped learners, Proceedings of the Third Annual Conference 'Computer  Technology/Special Education/Rehabilitation 1988 P357-66, Northridge, CA, USA15-17 Oct. 1987

6.  J. Morrill Tazelaar, Multimedia, BYTE  magazine, February 1990, pp.200-237

7.  A. Mucchielli, L'enseignement par ordinateur, Que Sais-je No.2360,  PUF Paris 1987

8.  J.L.  Paour,  Efficacité  et  Limites  de  Nouvelles  Technologies d'Education  de  l'Intelligence,  Schweizerische  Heilpadagogische  Rundschau, 1986

9.  P.  Tréhin Education spécialisée assistée par ordinateur, Colloque Handicap et technologies, NIMES, 21 Mai 1989

10. P. Tréhin, Déficience, Incapacité, Handicap et Education  assistée par  Ordinateur  Colloque  De  Lons  le  Saunier, 17 Octobre 1987,  UNAPEI 1988

11. Upitis, R.  Real and contrived uses of electronic mail in  elementary  schools Fac. of Educ., Queen's Univ., Kingston, Ont., Canada Comput. Educ. (UK) Vol.15, No.1-3 1990 P233-43



[1] On peut citer par exemple les environnements  multi-fenêtres  avec interaction  par  "souris" ou "écran tactile",  les  fonctions de type HYPERTEXT avec l'accès dynamique à l'information écrite, étendu  depuis  peu  par HYPERMEDIA à l'information sous forme d'image et de son.

[2] Yves   Lasfargue,  "Technologies   Nouvelles,  Nouveaux  Exclus  ?", Futuribles, Octobre 1989

[3] Il  faut  tout  de  même  prévoir  une  capacité de mémoire disque importante, image et son numérisés occupent en effet  beaucoup  de place.  L'apparition  des  CDROM,  disques laser pour ordinateurs, permet d'envisager de stocker des quantités  importantes  d'images et de sons à un coût abordable.

[4] Méthode de communication par symboles principalement utilisée pour les personnes ayant des troubles de la parole.

[5] Ces facilités  s'appliquent  d'ailleurs  à  toutes  les  activités créatives.