La nouvelle économie mythes et réalités

La Nouvelle Economie,

Cybermythe ou Hyper réalité ?

 "Quand le sage montre la lune du doigt, l'imbécile regarde le bout du doigt"

 De la "Nouvelle économie", la plupart des commentateurs ne voient trop souvent que les aspects superficiels, les paillettes, ce que les anglo-saxons avec leur vocabulaire imagé appellent en raccourcis "The bells and whistles" (les clochettes et les sifflets) tout ce qui brille et fait du bruit, qui enchante ou qui fait peur. Avec une analyse plus en profondeur, on devrait plutôt parler de "Révolution Informationnelle", au même niveau de remise en cause de tout un système de valeurs socio-économiques que celui qu'a pu provoquer la "Révolution Industrielle" : des changements fondamentaux des rapports de l'homme à la nature, de l'homme à la production de biens et de services, de l'homme à l'homme.

 En fait, il faut bien distinguer deux phénomènes : l'un très visible à court et moyen terme issu de l'évolution relativement récente des réseaux télématiques et des postes de travail informatiques (Internet et les ordinateurs personnels), l'autre beaucoup moins visible mais recouvrant une transformation des structures de production à plus long terme trouvant sa source dans le développement des technologies de traitement de l'information depuis les années précédent la seconde guerre mondiale.

 D'un phénomène conjoncturel à une transformation des relations sociales

Jean François Dortier mets en doute[i], de manière pertinente, l'attribution du regain de croissance économique aux Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) dont plusieurs auteurs contestent le potentiel d'accroissement de la productivité.

 Au sens étroit donné au terme NTIC, c'est à dire Internet, multimédia, e-commerce on peut en effet discuter de l'influence sur la productivité de ces technologies en faisant toutefois observer que l'accroissement de productivité est mesuré avec des valeurs socio-économiques toujours marquées par l'organisation industrielle de la société, c'est à dire une valeur exprimée en terme de production quantitative de biens et services négligeant les aspects qualitatifs de certaines formes de valeurs.  

 Si l'on s'en tient à un point de vue strictement économique et marchand, l'engouement du grand public pour les activités reliées à l'ordinateur personnel et à Internet, aux consoles de jeux vidéo, au téléphone mobile est bien réel[ii]. Même s'il est soutenu, comme le fait remarquer l'auteur, par une politique anti-inflationniste conduisant à une quasi stabilité des prix et donc à la confiance des agents économiques, les flux financiers qu'il génère n'en sont pas moins considérables. Cet aspect enthousiasmant pour les consommateurs est cependant contrecarré par une évolution technologique effrénée, leur faisant craindre une obsolescence accélérée de leurs investissements en matériel de haute technologie.  

 Malgré cela, à court et moyen terme, il faut bien reconnaître que les entreprises du secteur informatique et télécommunication se trouvent dans une situation particulièrement dynamisante : les utilisateurs sont demandeurs de plus de fonctionnalités que l'industrie ne peut leur en fournir…

 Rappelons nous qu'il y a une dizaine d'années, les utilisateurs ne voyaient pas ce qu'ils pourraient bien faire d'un ordinateur à la maison et les entrepreneurs ne voyaient pas l'utilité d'installer à une nouvelle génération d'ordinateurs personnels sur les bureaux de leurs collaborateurs. Comme le disait un cadre d'IBM "nous avons des solutions qui cherchent des problèmes à résoudre". Il y avait alors plus de potentialités technologiques que d'utilisations concrètes, du moins du point de vue des utilisateurs.

 Aujourd'hui les utilisateurs trouvent "qu'Internet se traîne", que leurs ordinateurs personnels sont trop lents pour manipuler des images ou qu'ils n'ont pas assez de place en mémoire pour éditer de la vidéo[1], etc.

 Mais les effets du dynamisme innovant des NTIC ne devraient s'étaler que sur le court ou moyen terme. En revanche, en élargissant à l'ensemble des TIC, c'est à dire toutes les technologies de l'information et de la communication, de l'automation des processus industriels aux systèmes de télécommunication à large bande, changements fondamentaux auxquels Internet et les multimédia ne font que participer, les effets devraient se faire sentir à plus long terme, dans tous les aspects de la vie socio-économique.

 Derrière la "net technologie" un changement socio-économique majeur

Nous sommes entrains de vivre un changement tout aussi profond que celui impliqué par le passage d'une économie principalement agricole et artisanale à une économie fondée sur la mécanisation et l'industrialisation sauvage telles qu'elles ont pu se passer entre la renaissance et la révolution industrielle dans sa phase de démarrage et se poursuivre dans sa phase ascendante jusqu'au milieu du 20ème siècle. L'Internet, le téléphone mobile et autres avancées technologiques récentes comme le multimédia ne sont que les vecteurs actuels de ce changement fondamental, tout comme les métiers à tisser, la machine à vapeur l'étaient en leur temps et furent remplacés par l'électricité et le moteur à explosion.

 A l'origine de ces technologies sur médiatisées, on trouve les progrès exponentiels dans la technologie des ordinateurs combinée à celle des technologies des télécommunications[iii]. La prochaine vague d'innovations portées par ces technologies de fond reste pour le moment bien sur hors de portée des futurologues les plus clairvoyants. Certains envisagent la combinaison avec une autre révolution fondamentale, celle des biotechnologies[iv]. L'interconnexion croissante des technologies[v] va cependant rendre de plus en plus difficile l'identification des effets moteurs singuliers dans l'économie.

 La perception que nous avons de la révolution informationnelle que nous vivons aujourd'hui  est sans doute très différente de celle que pouvaient avoir les contemporains de la révolution mécanique. Ce qui est différent c'est d'une part la rapidité de sa diffusion au niveau mondial et au niveau individuel, et d'autre part la conscientisation des personnes qui la vivent au travers précisément du développement faramineux des moyens de communication qu'elle engendre et alimente, mais qui l'alimentent aussi.

 Tout à l'émerveillement que ces avancées technologiques suscitent chez certains et aux angoisses qu'elles déclenchent chez d'autres[vi], les observateurs ont tendance à nous parler des phénomènes apparents et superficiels, tout comme, par exemple, pour les premières lignes de chemin de fer tractées par des locomotives à vapeur dont on vantait d'un côté la capacité de transporter des passagers de Paris à Versailles en moins de deux heures et où de l'autre des experts médicaux prévenaient les éventuels utilisateurs des dégâts que pourraient provoquer sur la rétine le défilement rapide d'images successives à de telle vitesses de déplacement.

 Peu d'auteurs avaient envisagé l'impact profond qu'allait avoir cette nouvelle technologie sur les modes de production, les modes de vie, les relations humaines : concentration industrielle, exode rural, modification des structures familiales et même des institutions politiques. "Les changements induits par la révolution industrielle sont d'un ordre de grandeur inconnu depuis la révolution néolithique il y a 12 000 ans quand les hommes se détournèrent de la cueillette pour satisfaire leurs besoins alimentaires"[vii].

 La révolution informationnelle date approximativement d'un demi siècle et est en pleine phase de développement aujourd'hui. On peut en effet situer l'apparition des premiers ordinateurs électroniques dans les années quarante et les progrès technologiques actuels sont toujours dans un processus d'accélération technologique. La révolution informationnelle a eu aussi ses "Machines à vapeur". Je veux parler des premiers ordinateurs commerciaux qui se bornaient à améliorer des processus industriels existants en automatisant des tâches qui faisaient déjà partie de l'activité des organisations concernées, tout comme les premières machines à vapeur servaient principalement à améliorer les techniques de production des manufactures. L'ordinateur allait d'ailleurs par la suite bouleverser la théorie des secteurs économiques de Fourastié, fondée sur leur capacité à accroître leur productivité : moyenne dans l'agriculture, très forte dans l'industrie et faible dans le tertiaire.

 Or c'est précisément dans ce dernier domaine du tertiaire que des progrès considérables de productivité du travail ont étés effectués grâce aux technologies de l'information et de la communication. Ainsi, ce secteur tertiaire, dont on pensait qu'il allait pouvoir éponger les excès de main d'œuvre libérés par l'augmentation de la productivité industrielle, devait lui aussi voir ses offres d'emplois s'étioler, voir par exemple les "restructurations" effectuées dans le secteur bancaire ou l'assurance.

 Progressivement, en se perfectionnant et en évoluant vers plus de simplicité et de flexibilité d'utilisation, se rapprochant des utilisateurs finals, l'informatique allait créer sa propre industrie, comme la machine à vapeur l'avait fait en se transformant en moteur à explosion qui devait permettre l'invention de l'automobile, puis en moteur électrique et son cortège d'ustensiles domestiques. Ainsi, tout comme sa grande sœur la machine à vapeur, l'ordinateur, en se démocratisant, allait envahir tous les domaines économiques, sociaux et culturels.

 Le phénomène prend depuis une vingtaine d'années, une dimension mondiale à laquelle n'échappent pratiquement plus aucune entité économique ou sociale. Il avait démarré grâce à la synergie entre l'informatique et les technologies des télécommunications, avec des outils comme l'échange électronique de données[viii] (EDI, en anglais Electronic Data Interchange), bien avant qu'Internet ne devienne le "must" des entreprises.

 Le producteur de café Colombien vend aujourd'hui sans intermédiaires ou presque ses grains à une entreprise de torréfaction de la région Niçoise. Tout deux font partie de la "nouvelle économie" et pas seulement les entreprises qui fournissent le réseau et les moyens qui permettent d'y accéder. Cette évolution implique le passage d'une économie fondée sur des "interactions locales", au sens de contacts mécaniques ou électriques stables, à une économie fondée sur des "interactions distantes"  floues et intermittentes (Fig 1).

   

Figure 1 : Interactions locales et interactions distantes

 Dans l'économie industrielle les processus de production étaient fondés sur des interactions locales par frottements et contacts  mécaniques ou électriques, facilement définissables et permettant une division poussée du travail et donc une hiérarchie verticale de type "taylorien". Il suffit, dans ce cadre technologique, de décrire les "interfaces" pour permettre à chaque ateliers de production de concevoir et produire les pièces du système de manière quasiment indépendante[2]. L'interaction entre les divers éléments du système se manifestent par une usure mécanique  ou un échauffement et rarement en changement d'état.

 On est dans une compréhension déterministe des activités de production et de rationalisme de la consommation. L'incertitude apparaît principalement pour détecter les défauts de production ou pour assurer les agents économiques contre les aléas de la vie.

 Dans l'économie informationnelle, ces interactions deviennent distantes et floues de plus, impliquent très fréquemment des changement d'état, elles sont souvent apparemment "chaotiques". Une simple virgule oubliée dans un sous système logiciel peut entraîner des résultats catastrophiques dans un autre système logiciel "distant".  En effet, les composants deviennent de plus en plus immatériels. Il s'agit de codes informatiques reliés les uns aux autres par des interactions plus ou moins sporadiques compte tenu de la multiplicité des "branchements" logiques possibles, liées à l'exécution de programmes d'applications plus généraux, eux mêmes liés à d'autres programmes d'application. C'est bien ce que craignaient les informaticiens avec "le Bug de l'an 2000" : que dans un tout petit sous-programme l'erreur de changement de date puisse entraîner l'arrêt complet de l'ensemble du système. Il serait d'ailleurs dangereux de croire que l'ensemble des risques ait disparu avec le passage du millesime 2000, en effet, si un tel tout petit sous-programme ayant conservé son erreur de date venait à être utilisé, même dans quelques années, par le programme principal, cela pourrait toujours avoir des conséquences potentiellement dramatiques.

 Incapacité des organisations traditionnelles  à prendre en compte cette évolution

Les organisations hiérarchiques, dans les entreprises ou les administrations, sont incapables de prendre en compte de tels changements dans les systèmes. La hiérarchie verticale est un frein à la circulations de l'information entre spécialistes et ne permet donc pas la recherche de relations pouvant exister entre les différents composants développés dans chaque branches de la hiérarchie. De plus, dans un environnement où l'information circule rapidement et où les avancées technologiques se succèdent à un rythme frénétique, une communication interne soumise à des échanges passant "par la voie hiérarchique" est trop lente pour permettre à l'organisation de suivre l'évolution technologique du marché. 

 L'impact combiné de la puissance croissante des réseaux télématiques et de celle des ordinateurs avait déjà ébranlé les structures verticales. La facilité d'accès à ces réseaux par les utilisateurs de moins en moins concernés par l'informatique et de plus en plus libres de les mettre à profit pour un usage personnel dans leurs propres spécialités[ix] vient à la fois défier l'organisation verticale et apporter des réponses aux évolutions vers les interactions à distance.

 La mise en place de réseaux de communication internes à l'entreprise vient troubler le fonctionnement des organisations tayloriennes, remettre en cause les "processus" savamment étudiés et affinés dans le cadre de la rationalisation des techniques de production. La notion même de processus est critiquée : comment mettre en place un processus si les étapes du développement et de la production évoluent si rapidement que le processus deviendrait obsolète à peine publié, fusse avec des technologies modernes de communication?

 Ces mêmes réseaux vont toutefois aussi permettre de résoudre certains des problèmes liés à la complexité croissante et à la rapidité d'évolution de la technologie. Bien avant l'apparition du terme "Intranet", les "systèmes de courrier électronique" et des "forums de discussions médiatisés par ordinateur" internes se sont développés au sein des grandes entreprises, en particulier du secteur informatique, améliorant les échanges techniques entre les acteurs du développement, de la fabrication ou de la vente de produits et services.

 Effets sur les organisations internes

On voit apparaître de nouvelles formes d'organisation, en réseau, matricielles, etc. dont les équipes de management tentent de comprendre les effets, souvent avec la résistance des

directions générales. Ces dernières ayant été portées aux plus hauts sommet de la hiérarchie par des structures verticales de type taylorien, voient d'un assez mauvais œil ces changements allant vers une horizontalisation de l'organisation de leur entreprise, administration, association ou parti politique. (Fig: 2)

 

Figure 2 : Organisation en réseau

Les observateurs constatèrent un phénomènes tout à fait surprenant : très souvent la réponse à des questions techniques venait non pas des spécialistes, mais des utilisateurs, confrontés aux difficultés rencontrées sur le terrain. L'autre constatation fut l'accélération de l'obtention de  réponses.

 A titre d'illustration, j'avais cherché au service "Informatique personnelle" de la division d'IBM dans laquelle je travaillais alors, en 1983, les références d'un terminal d'ordinateur permettant un certain type de travail. Après plus de trois semaines de recherches infructueuses, je me confiais de mon désarroi à un collègue de travail qui me suggéra d'utiliser un forum électronique spécialisé. Je ne connaissais pas encore alors l'existence de ces forums. L'obtention quasi instantanée de la réponse, moins d'une demie heure après avoir posé la question, devait faire de moi un adepte de la méthode…

Pour les structures hiérarchiques en place, le courrier électronique est entré assez rapidement dans les méthodes de communication interne. En revanche, les forums de discussion étaient tolérés mais peu encouragés "Si tu as le temps de participer à des forums, c'est que tu n'as pas assez de travail" m'a un jour lancé un des patrons du laboratoire IBM où je travaillais.

 C'est pourtant bien la souplesse apportée par ces moyens de partage de l'information à la communication horizontale interne de ces grandes entreprises qui a permis la transition à IBM d'une structure extrêmement hiérarchisée et très "planifiée", ce qui risque de surprendre certains[3], à des organisations plus horizontales et surtout plus ouvertes.

 Effets entre les organisations

L'évolution vers des interactions distantes et floues, au delà des effets internes sur les organisations, concerne également les relations commerciales, et même sociales. Philippe Cohen et Emmanuel Levy[x] font très justement remarquer que l'impact d'internet va bien au-delà du tintamarre médiatique qui s'est développé autour d'une technologie formidable autant qu'incontrôlable. C'est en effet toute l'économie qui va s'en trouver déstabilisée. Toutefois, Internet n'est qu'une des technologies de l'information à l'origine de tous ces changements.

 Pour le commerce électronique, e-commerce dans le langage branché, Internet ne représente que la partie visible, il faut, pour un grand nombre de produits, développer les infrastructures logistiques qui permettront de livrer physiquement les biens et services vendus sur Internet. Il peut s'agir de l'automatisation poussée des techniques de stockage, des systèmes de chargement des palettes pour les tournées de livraisons, de l'optimisation des parcours des véhicules de livraison, on retrouve là les problèmes classiques du service à domicile augmenté du désir de rapidité inspiré par l'accès immédiat à la commande via l'écran d'ordinateur ou d'un téléphone portable WAP.

 Les analystes boursiers "ne voient que le bout du doigt et pas la lune" quand ils nous serinent avec leurs "valeurs de la nouvelle économie". Certains auteurs avaient tenté de nous faire voir, dès la fin des années soixante dix, l'impact envahissant de cette évolution qui déjà se profilait. Avant cela, on peut saluer l'aspect visionnaire des travaux de Norber Wiener, sur lesquels je reviendrais, de Von Neuman  ou de Herbert Simon dans les années quarante. Je ne citerais que l'ouvrage de Hiltz et Turoff[xi], publié à la fin des années soixante dix, et le livre publié par le CNET sous la direction de Alain Giraud, Jean-Louis Missika et Dominique Wolton[xii].

 Ces deux documents envisageaient les effets de la révolution informationnelle liée au développement conjoint des réseaux et des ordinateurs, décrivant de manière prémonitoire les potentialités extraordinaires que cette conjonction ouvre aux citoyens, mais aussi les leurres d'une pseudo démocratie virtuelle que laissaient déjà entrevoir ces technologies. Ces idées ont été  reprises dans un article récent du Monde[xiii] citant Olivier Blondeau « Internet doit devenir un outil de dépassement de la démocratie représentative vers la démocratie délibérative ». Il y a en effet un risque de voir une aristocratie du savoir et de l'accès à la connaissance se substituer à l'aristocratie de l'argent comme cette dernière s'était substituée à l'aristocratie de la terre à la révolution industrielle.

 Il ne faut tout de même pas "jeter le bébé avec l'eau du bain", un accès plus direct à l'information et à une participation politique devrait pouvoir s'organiser. Lors de l'assemblée générale de la "World Future Society"[xiv], les problèmes et les espoirs soulevés par une démocratie participative avaient fait l'objet de discussions au plus haut niveau avec des participants aussi opposés politiquement que Newt Gingrich et Al Gore.

D'ores et déjà, les nouveaux modes de communication mis à la disposition du grand public provoquent des effets que n'aurait pas renié Volney[4], mettant en scène un échange entre "Le peuple", "les prêtres", "les nobles" à propos du fondement de l'autorité des nobles et du soutien que lui apporte le clergé. En conclusion de l'entretien[xv], le peuple s'aperçoit qu'il n'a pas besoin d'intermédiaires :

 Le peuple

Nous voulons vivre sans oppresseurs

 

 les prêtres

Il vous faut des médiateurs, des intermédiaires

 

 Le peuple

 Médiateurs près de Dieu et des rois! courtisans et prêtres, vos services sont trop dispendieux ; nous traiterons désormais directement nos affaires.

 Et alors le petit groupe [nobles et prêtres] dit : Tout est perdu, la multitude est éclairée.

 Et le peuple répondit : Tout est sauvé, car si nous sommes éclairés, nous n'abuserons pas de notre force, nous ne voulons que nos droits 

 Certaines réactions des "intelligentsia" actuelles vis à vis de la communication à travers Internet, ne sont pas très éloignées de ce dialogue… Avec les mêmes résistances et les mêmes illusions…

 Effets en dehors de la sphère des nouvelles technologies

L'apparition de nouvelles valeurs et la disparitions d'autres plus anciennes, influencent tout le système économique et social, pas seulement les activités liées aux technologies de l'information et de la communication. Un grand nombre de domaines de l'économie contemporaine sont soumis à ce changement en profondeur des processus de production et de distribution liés à la rapidité de transmission de l'information.

 Dans la terminologie de Kuhn[xvi], le début de changement de paradigme, conduisant à la révolution que l'on appelle "informationnelle" pourrait se situer dès les publications de Norber Wiener[xvii] entre 1948 et 1950 au moment des balbutiements de l'informatique, précédé à la fin du XIXème siècle par un période "préparadigmatique" de mise en place de divers systèmes d'automation, métiers à tisser de Jacquart, trieuses automatiques à cartes perforées (Machine de Hollerith[5]) machines comptables et tabulatrices électromécaniques, etc.

 Wiener avait donc perçu très tôt l'énormité de l'impact qu'aurait les technologies de l'information et de la communication sur la société dans son ensemble, entre autres dans son livre "Cybernétique et société"[xviii] :

" La thèse de ce livre est que la société peut être comprise seulement à travers une étude des messages et des <<facilités>> de communication dont elle dispose; et que, dans le développement futur de ces messages et de ces <<facilités>> de communication, les messages entre les machines et l'homme, entre la machine et la machine sont appelés à jouer un rôle sans cesse croissant."

 Suite à ces bouleversements, les équilibres de marché sont constamment remis en cause par l'innovation technologique et les techniques de planification sont bien incapables de proposer un modèle prévisionnel à moyen et à long terme dans une situation où les coefficients d'échange interindustriels évoluent sans cesse, rendant impossible l'utilisation du tableau de Leontief.

 Apparition de nouvelles formes d'organisation

En fait des mécanismes d'autorégulation plus flous commencent à apparaître incluant des échanges échappant au domaine marchand. La mise en réseau des transactions, aidée par des technologies plus conviviales, conduit à de surprenants phénomènes d'émergence d'ordre où, face à la complexité croissante des technologies, des partages d'informations se dessinent entre spécialistes travaillant pourtant pour des entreprises concurrentes. Cette valeur créée échappe totalement au modes d'équilibrations traditionnels, que ce soit ceux du marché ou ceux du plan.

 L'exemple du développement d'Internet est révélateur de ce phénomène : il s'est fait presque totalement en dehors des structures traditionnelles de R&D et des organismes officiels de standardisation[xix]. Il illustre deux aspects de la révolution informationnelle : la capacité des réseaux à faire émerger un savoir nonbstant la dispersion des connaissances dans une structure floue, non hiérarchisée, et l'ouverture de communication par delà les frontières des organisations traditionnelles.

 Le protocole de communication sur lequel s'appuie Internet, TCP-IP[6], ainsi que plusieurs autres éléments constitutifs de la technologie de base d'Internet ont été développés, testés et finalisés par la méthode des "Request For Comments" (RFC) : Un chercheur ou un groupe de chercheurs inventait une nouvelle technique de communication et la publiait instantanément sur le réseau, appelant les commentaires des autres participants au réseau.

 Des personnes, ne se connaissant pas le plus souvent, travaillant parfois dans des entreprises concurrentes, envoyaient leurs remarques et suggestions aux auteurs de RFC qui ainsi pouvaient en un temps record modifier leurs inventions afin de les adapter aux commentaires reçus. C'est ainsi que des produits comme TCP-IP sont devenus des "standards" de communication, permettant des échanges entre ordinateurs de marques différentes.

 Les organismes officiels chargés de la standardisation avaient démarré depuis les années soixante dix à la mise en place de standard de communication destinés exactement aux mêmes buts : la communication entre ordinateurs de marques différentes. L'exemple le plus connu est celui de l'Open System Interconnexion (OSI) qui devait conduire quand il serait adopté, à des échanges sans failles entre tous les ordinateurs qui accepteraient d'en suivre les préconisations.

 Toutefois, la structure hiérarchique des organismes de standardisation et le manque de transparence des industriels de l'informatique qui avaient peur de dévoiler leurs plans pour le futur, ralentissait tellement la définition des protocoles de communication que ces derniers arrivaient toujours avec "une guerre de retard".

 Finalement, TCP-IP ainsi que tous les autres standards créés par le RFC ont gagné la bataille, ouvrant le chemin à Internet et ses fonctions conviviales telles que HTML, qui ont permis le développement des sites "web" accessibles sans connaissances particulières de l'informatique et des réseaux.

 La valeur de ce genre de développement en réseau, fondée sur des synergies de compétences souvent mal connues des entreprises elles mêmes, a depuis commencé à être prises en compte. Certaines entreprises comme Skania, IBM, Microsoft, ont mis en place des méthodes de mesure et d'analyse de ces nouvelles valeurs, on parle du concept de "Intellectual Capital Management".

 Des entreprises comme Netscape autorisent leurs employés à développer, pendant leur temps de travail, des logiciels de type "freeware"... La valeur récupérée se situe dans la facilité d'accès à Internet conduisant, à terme, à l'augmentation du nombre des clients... Le succès d'un système d'exploitation informatique tel que LINUX, développé comme une alternative gratuite à Microsoft WINDOWS[xx] est un exemple frappant, mais pas unique, de ces nouvelles créations de valeurs.

 Inadéquation des mesures de la valeur présentes face à la révolution Informationnelle

Dans cette perspective de changement radical des systèmes de valeurs, on peut attribuer au moins une partie des malfonctions ayant conduit à la chute du régime soviétique et aux difficultés sociales des régimes occidentaux libéraux, à leur conception de la valeur incapable de prendre en compte cette révolution et encore moins le rythme auquel elle se développe.

Les principales théories de la valeur encore actuellement en cours sont fondée sur des processus de production et d'échange liés aux technologies mécaniques et électriques où la prévision économique restait relativement aisée.

 Tant le modèle économique néoclassique du marché que celui de la planification socialiste ont besoin de cette stabilité technologique. Avec des technologies relativement stables, comme c'était le cas pendant toute la révolution industrielle, avec des processus de production pouvant être prévus pour de nombreuses années, les équilibres peuvent être atteints principalement de deux manières :

En économie libérale par le jeu du marché qui a le temps de se stabiliser, en économie planifiée par le plan qui peut compter sur des coefficients d'échange interindustriels stables. Ceci bien sûr de manière théorique car dans la réalité, des frottements venaient déjà enrayer ce mécanisme. On doit à ces analyses, des controverses idéologiques sanglantes et le plus souvent biaisées (Fig 3) : l'un ventant les bienfaits de son système théorique face aux terribles aléas de la réalité du régime économique de l'autre.

 Figure 3 : Comparaison des systèmes et des régimes

 


On distingue de manière traditionnelle et académique les "systèmes" économiques, représentation idéale et théorique du fonctionnement d'une économie, des "régimes" économiques dont l'analyse est sensée représenter une réalité concrète, c'est à dire accompagnée de toutes ses imperfections.   

 Il est tout à fait opportun et pertinent de comparer la théorie à la théorie, la réalité à la réalité : par exemple de comparer l'optimum théorique, au sens de Pareto, résultant des équations du système néolibéral à celui de l'économie planifiée. Les analyses de Kantorovitch et Novojilov le firent en URSS, avec le résultat surprenant[7] qu'au niveau des systèmes l'optimum théorique est le même en économie libérale et en économie planifiée avec des hypothèses très strictes, tant dans le calcul de l'optimum marginaliste néo-libéral que dans le calcul de l'optimum de production planifié[xxi]. Lieberman

 On peut aussi comparer le niveau de vie réel dans le régime libéral américain à celui dans le régime soviétique. Notons que dès que l'on introduit les imperfections des régimes les équilibres théoriques des systèmes tendent à devenir moins évidents. L'optimum Paretien a du mal à survivre aux non respect des conditions de la concurrence parfaite :

·        Atomicité de l'offre et de la demande

·        Homogénéité des produits,

·        Transparence des marchés.

 De la même manière, les applications concrètes de la planification conduirent à des modifications radicales de la théorie en réintroduisant de manière déguisée les notions de rentabilité et de profit.

 En revanche il est tout à fait invalide de comparer les merveilles du système de l'économie de marché aux désastres du régime soviétique ou la perfection du système de l'économie planifiée aux horreurs des réalités du régime de l'économie libérale :  inégalités; chômage, etc.

 L'analyse néo-libérale, triomphante à la suite de la chute du mur de Berlin et à la quasi disparition des économies planifiées, la Chine populaire s'ouvrant elle même aux principes de l'économie de marché, a perpétué cette analyse fallacieuse comparant l'échec des régimes socialistes soviétiques à un modèle théorique de concurrence parfaite censé conduire non seulement à l'équilibre économique mais à un optimum de l'utilisation des ressources.

 Les gouvernants, dans un monde de valeurs changeantes, les laissant dans une quasi incapacité à prévoir les phénomènes économiques, ont cru qu'il n'y avait pas d'autre solution que l'économie libérale, le "Laisser faire" cher aux tenants du néolibéralisme dénoncé par ses opposants comme "la pensée unique". Alors que dans la réalité, les régimes économiques libéraux vivent aussi une crise liée au changement radical évoqué jusqu'ici. Brian Arthur, démontre que même une des lois fondamentales  l'économie classique, "la loi des rendements décroissants", est mise à mal dans une situation de changements technologiques rapides. "Un événement fortuit au commencement de l'histoire d'une industrie peut faire basculer l'équilibre compétitif[xxii]". Or cette loi des rendements décroissants était un des piliers de la théorie néo-libérale.

 René Passet dénonce un comportement encore plus grave qui est d'utiliser à des fins normatives des théories n'ayant plus aucune base dans la réalité de l'économie[xxiii]. Il appelle ce comportement "La projection du conventionnel sur le réel."

 L'embellie suscitée par la vague "nouvelles technologies" et son cortège de "bonnes nouvelles" n'est probablement qu'une pause dans l'évolution de fond vers de nouvelles formes de fonctionnement de l'économie allant vers de moins en moins de travail, au sens traditionnel de ce terme, et un nécessité d'ajustements structurels radicaux de nature équivalente ceux rendus nécessaires par la révolution industrielle en son temps.

Cette distinction entre "Système" et " Régime" économique est rendue encore plus importante avec l'évolution informationnelle des sociétés contemporaines. La rapidité d'évolution et la complexité des technologies rendent l'analyse en terme de système extrêmement difficile.

 Omniprésence des technologies digitales

Agriculture

Industrie

Services

Auto alimentation du processus

Accélération de l'innovation

Réduction des coûts des matériels

Convivialité croissante des logiciels

D'où une perception  des phénomènes économiques  comme "chaotiques", de moins en moins prévisibles à long terme.

 Le concept de "Chaos déterministe", résurgence d'une idée de Poincarré, s'applique aux organisations complexes. Pris individuellement chacun des éléments de l'organisation a un comportement déterministe mais l'interaction des éléments les uns avec les autres rend le comportement de l'organisation chaotique. Lorenz a vulgarisé l'effet "aile de papillon"[xxiv], analogie faite aux prévisions météorologiques qui peuvent être influencées en un lieu de la planète par le "battement d'une aile de papillon" en un autre lieu extrêmement éloigné du premier.

 

Figure 4 : Effet Aile de papillon

 Sommes nous pour autant impuissants devant cette situation? Je ne le pense pas. Cependant les outils traditionnels d'intervention en politique économique devront être en grande partie abandonnés au profit de méthodes prenant mieux en compte les évolutions que nous avons commencé à décrire ci-dessus.

 Il va falloir mettre en place de Nouveaux modèles, réintroduisant la notion de temps et entraînant une révision de la notion de prévisibilité. "L'art" du prévisionniste dans cet environnement réside dans le choix de la période de prévision raisonnable (figure 4)  

 Il faudra introduire dans le raisonnement économique, et en particulier dans la théorie de la valeur, deux facteurs auxquels la plupart des économistes classiques et néoclassiques n'avaient au mieux fait que des allusions de principe : les notions de temps et d'incertitude, elles même intimement liées à la notion d'information, au sens que lui donne la théorie générale de la communication[xxv] de Shannon et Weaver.

 C'est à mon avis le domaine de recherche portant sur une nouvelle théorie de la valeur en matière socio-économique, qui devrait attirer le plus de penseurs et occasionner le plus de débats.

 Madame Fiorina, CEO de Hewlet Packard, propose de "facturer l'énergie informatique", c'est une transformation du modèle économique de l'informatique mondiale[xxvi]. << Nous serons la première société informatique à offrir des services payés à l'utilisation, comme un groupe d'électricité ou de distribution d'eau >>.  La revue PC expert consacre un dossier complet[xxvii] à cette évolution de l'accès à l'informatique personnelle, qu'elle soit à caractère professionnel ou privé : "Le plus grande difficulté va être la transition entre le modèle économique actuel (vente de licence basée sur une boite) à celui autour duquel .NET est basé. A savoir, un droit d'usage accompagné d'une garantie d'accès et éventuellement assortit d'une brochette de services[8]". Cette vision se rapproche de celle proposée par Rifkin[xxviii] parlant d'une société de l'accès remplaçant une société de la propriété.

 Serait-ce un point de départ à cette réflexion ?

 Par delà les phénomènes technologiques évoqués ci-dessus, en se limitant comme ils le font à une théorie de la valeur purement marchande, les théoriciens de l'économie libérale n'arriveront pas à résoudre les dilemmes qu'introduisent les accroissements de productivités généralisés :

 Adam Schaff, dans la conclusion d'un rapport du club de Rome sur l'impact de la micro-électronique sur la société[xxxi], faisait une analyse clairvoyante de la nécessaire adaptation de la société à une réduction importante de la part du travail dans la vie des citoyens :

 " Ceci va créer le problème du remplacement pour les être humains du "sens de la vie" traditionnel, qui est lié en premier lieu au travail, surtout dans les sociétés industrialisées du Nord."

 Tout cela se fait et ne se fera pas sans grincements de dents, voire avec des drames semblables à ceux provoqués par le développement de la mécanisation entre la Renaissance et l'apogée de la société industrielle au début du XXéme siècle.

 D'un point de vue social, tout comme il aura fallu attendre la crise majeure de 1929 pour enfin voir se dessiner des mouvements sociaux prenant réellement en compte l'impact humain des changements dus à l'industrialisation et essayer de les réguler[xxxii], il faudra probablement de nombreuses crises de l'économie informationnelle  avant de voir se développer un nouveau droit social tenant compte de la révolution informationnelle[xxxiii].

 A ce titre, d'ailleurs, le néolibéralisme ambiant, sautant dans le train de la nouvelle économie, concentrations massives des entreprises dans tous les secteurs de l'économie, banque, assurance, médias, distribution, automobile, etc., sont un déni du libéralisme classique au nom duquel leurs dirigeants pourtant clament leurs credo. S'ils croyaient tant aux vertus de la libre concurrence, ils provoqueraient eux mêmes l'éclatement de leurs entreprises mastodontes en milliers, sinon millions, d'unités concurrentes pour le plus grand bien de l'optimum économique.

 Mais ce n'est pas là que le problème risque d'être le plus grave mais plutôt dans l'apparition d'une nouvelle classe dominante, celle des possesseurs de l'information et de la connaissance, venant supplanter les possesseurs du capital. Le phénomène de "subordination" décrit par Dominique Méda[xxxiv], risque de glisser ainsi de la classe possédante du capital à la classe possédante du savoir. Ce mouvement n'est pas complètement nouveau, la prépondérance des décisions technocratiques sur les décisions politiques décrit dans le même ouvrage[9] est lié à la complexification des processus industriels et administratifs.

 "Si la Net économie n'est pas davantage régulée, on peu craindre des ravages 1000 fois supérieurs à ceux qu'ont entraîné la grande distribution."[10]

 Il n'est pas sur que nous ayons à notre disposition les outils de compréhension  propres à analyser ces difficultés et encore moins des outils propres à développer des systèmes de régulation appropriés. En particulier, et c'est un des thèmes de cet essai, une théorie de la valeur appropriée à cette situation.

 A mon avis, l'Internet se situe, vis-à-vis de cette révolution, dans une position similaire à celle de l'invention du moteur électrique dans la révolution industrielle : Le moteur électrique, qui faisait suite au moteur à vapeur, est d'abord compris comme la mise à disposition d'une source de puissance aisée à employer au service de l'industrie. Personne à l'époque n'aurait pu envisager les développements que ce moteur électrique a permis dans des technologies comme les réfrigérateurs ou les machines à laver et dont l'impact social devait s'avérer bien plus général que la disponibilité d'électricité.

 De la même manière, Internet, faisant suite aux technologies primitives de communication par MODEM, fut vu au commencement comme un instrument de communication pour universitaires et seuls quelques pionniers, dont j'ai parlé plus haut, avaient envisagé les bouleversements de fond qu'allait apporter cette combinaison de l'informatique et des télécommunications.

 Il est probable qu'une des meilleures approches pour combattre les méfaits potentiels des excès des réseaux, réside dans l'utilisation des réseaux eux-mêmes[xxxv]. Cela passera par une disparition plus ou moins progressive de certaines organisations de type taylorien, incapables de gérer la complexité du développement et de la production ainsi que l'imprévisibilité des marchés au sens classique, et l'apparition d'auto organisation en réseau conduisant à des phénomènes d'émergence d'ordre.

 La coexistence des secteurs informationnels avec des secteurs entiers de l'économie et de l'activité humaine, toujours régis par des techniques appartenant au paradigme industriel, ou pré-industriel, devrait persister pour de nombreuses années. D'un point de vue économique, ces secteurs plus traditionnels n'ont probablement que peu d'avantages à tirer d'un changement de structure interne et de style de gestion. A l'intérieur même des entreprises, certains domaines d'activités pourront continuer à fonctionner sur le mode d'organisation taylorienne[xxxvi] alors que d'autres seront en plein dans l'organisation en réseau.

 Cela rend encore plus importante une discussion pluridisciplinaire sur une théorie de la valeur qui soit capable d'englober l'ensembles des activités économiques et sociales en tenant compte des nouveaux domaines sans oublier les plus anciens.

  

Paul Tréhin

Préretraité d'IBM

25 ans d'expérience dans le domaine des prévisions économiques en matière de réseaux informatiques. Actuellement actif (et non plus travailleur) dans le domaine associatif lié aux personnes handicapées, en particulier sur l'impact des "nouvelle technologies" sur ces personnes.

     

Bibliographie


[1] Cette hypothèse d'une demande porteuse n'était pas envisagée au début des années quatre-vingt. Victor Scardigli dans un article de "futuribles" d'avril 1983, voyait essentiellement une évolution soit poussée par l'offre, soit par les institutions soit enfin de manière incontrôlée par l'évolution technologique elle même.

 [2] On notera que cette vision conduira des entreprises comme IBM à des raisonnements identiques en matière de système informatique, refusant l'ouverture de ses codes au prétexte que "les interfaces étaient fournis" donc que cela suffisait aux développeurs de produits s'attachant aux ordinateurs IBM.

[3]  Dans un article de janvier 1990, FORBES comparait, John Akers, alors CEO d'IBM à Michael Gorbatchev.

[4] Philosophe du 19éme siècle, ardant défenseur de la laïcité 

[5] Herman Hollerith a inventé et développé une machine tabulatrice à carte perforées qui révolutionna les calculs statistiques . Comprenant une perforatrice, une tabulatrice et une trieuse, elle permis d'accomplir le recensement de la population américaine  de 1890 en six mois, et en deux ans, l'analyse de l'ensemble des données du recensement étaient achevée; le coût était de 5 millions de Dollars inférieur à celui prévu, et avec deux ans d'avance.

[6] TCP-IP : Transmission Control Protocol and  Internetworking Protocol

[7] Ce n'est surprenant que si l'on ne tient pas compte du fait que les économies considérées sont toutes deux fondées sur la même structure de production essentiellement mécanique, fondées sur le déterminisme.

[8] Entrefilet de Jocelyn Florès dans le même numéro de la revue PC Expert, p 132.

[9] Je ne partage pas l'idée exprimée par Dominique Méda qu'il y aurait une volonté délibérée dans cette évolution,  "La grande masse doit être dépolitisée, la classe politique également", mais plutôt un système qui s'installe face à un vide de réflexion au niveau politique, tant au sein du grand public que chez les dirigeants politiques ou chez les dirigeants d'organisations.

[10] Philippe Cohen et Emmanuel Levy, cités précédemment.


 


[i] Jean François Dortier "Les ressorts cachés de la nouvelle économie", Sciences Humaines, Hors-série n°28, Mars-Avril-Mai 2000

[ii] Technologies et Société de l'Information, Chiffres clés, SESSI, INSEE, Edition 1999

[iii] Michael L.Dertouzos, "Communications, Computers and Networks ", SCIENTIFIC AMERICAN special issue September 1991,  COMMUNICATIONS, COMPUTERS AND NETWORKS

[iv] Jeremy Rifkin, "Le siècle des biotech", Editions La découverte & Syros, Paris 1998

[v] Ministère de l'Industrie, "Les 100 technologies clés pour l'industrie française à l'horizon 2000", Direction Générale des Stratégies industrielles, Juillet 1995

[vi] Eric Brousseau et Alain Rallet "Il faut démythifier et penser Internet", "Le Monde", 21 avril 2000

[vii] James E. McClellan III and Harold Dorn, "Science and Technology in World History", John Hopkins University Press, London 1999

[viii] C. Salès, "EDI : un enjeu économique pour les entreprises", Télématique Magazine, Mars 1989

[ix] Lawrence G. Tesler, "Networked Computing in the 1990s", SCIENTIFIC AMERICAN special issue September 1991,  COMMUNICATIONS, COMPUTERS AND NETWORKS

[x] Philippe Cohen et Emmanuel Levy, "Les fragilités de la Net économie", Mariane 17-23 avril

[xi] Hiltz and Turoff, "The Network Nation", Addison Wesley, 1978

[xii] A. Giraut,  J.L. Missika, D. Wolton, "Les réseaux pensants, Télécfommunication et société", CNET/ENST, Masson, Paris 1978

[xiii] Guillaume Fraissard et Stéphane Mandard, "Au Web, citoyens ! ", Le Monde daté du mardi 14 mars 2000

[xiv] B. Mc Cornish, 3commuincation and the Future", A report on the fourth General Assembly of the "World Future Society", The Futurist, Vol XVI, N° 5, October 1982

[xv] C. F. de Volnay, "Oeuvres choisies", B. Renault Librairie-Editeur, Paris 1847

[xvi] T. Kuhn, "The Structure of Scientific Revolutions", The University of Chicago Press, 1970

[xvii] N. Wiener, "Cybernetics", John Wiley & Sons, Inc. New York, 1948

[xviii] N. Wiener, "The Human Use of Human beings, Cybernetics and society",  Doubleday Anchor Books, NY 1956, Edition Française : "Cybernétique et société", Union Générale d'édition, collection "10/18", Paris, 1971

[xix] P. H. Salus, "Casting the Net, From ARPANET to Internet and beyond", Addison-Wesley, N.Y. 1995

[xx] D. Aronssohn, "L'irrésistible ascension des logiciels libres", Alternatives Economiques N° 183, Juillet Août 2000, pp 46-49

[xxi] H. Denis, "Histoire de la pensée économique", Collection Quadrige, PUF Paris 1999

[xxii] W. B. Arthur, "Positive Feedbacks in the Economy", Scientific American, February 1990.

[xxiii] René Passet, "L'économique et le vivant", Economica, Paris 1996

[xxiv] I. Stewart, "Does God play Dice ? The Mathematics of Chaos", Basil Blackwell, Cambridge 1992

[xxv] C. Shannon & W. Weaver, "The Mathematical Theory of Communication", The University of Illinois press, 1969 (1949 first ed)

[xxvi] C. Jakubyszyn, "Hewlet Packard engage sa transformation pour devenis fournisseur d'<<énergie informatique>> ", Le Monde, Samedi 16 septembre, p23

[xxvii] David Lichentin, et al. "Microsoft.NET, la révolution du logiciel", PC Expert, N°103, décembre 2000

[xxviii] Jeremy Rifkin, "L'Âge de l'Accès", Editions de la Découverte, Paris 2000

[xxix] Françoise Giroux, Philippe d'Arvisenet, Jacques Sallois, "Réflexions sur l'avenir du travail", Préparation du huitième Plan 1981-1985, La documentation Française.

[xxx] Dominique Méda, "Les fins du travail", Alternatives économiques n°179, mars  2000

[xxxi] J. Friedrichs, A. Schaff, "Microelectronics and Society, for Better or for Worse", A report to the Club of Rome, Pergamon Press, New Yorks, 1982                                                

[xxxii] Jean Kogej, "Economie et technologie de 1880 à 1945", Ellipses, Paris 1996, Chapitre II "Le syndicalisme, de la contestation à la cogestion".

[xxxiii] D. Kaisergruber, "Frontières de l'emploi, frontières de l'entreprise", Futurible, Décembre 1994

[xxxiv] Dominique Méda, "Le travail, une valeur en voie de disparition", Flamarion, Paris 1995

[xxxv] Philppe Merlant, "Internet, numérique et démocratie", Transversales Science/Culture, http://www.globenet.org/transversales/

[xxxvi] B. Burnes, "Managerial competence and new technology : don't shoot the piano player, he is doing his best", Behavior & Information Technology,  Vol. 10 No 2, 1991